Louange à Allâh, qui a fait de la sérénité une source de dignité, et de l’écoute attentive une source de lumière et d’enseignement. Nous attestons qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allâh, Seul et sans associé. Il nous a ordonné d’honorer Ses rites et de respecter Ses maisons. Et nous attestons que notre maître Muḥammad ﷺ est Son serviteur et Son Messager. Il accordait une grande importance à enseigner à sa communauté les bonnes manières et le respect dans l’adoration. Qu’Allâh prie sur lui, sur sa famille, sur ses Compagnons et sur ceux qui suivent leur voie jusqu’au Jour de la Rétribution.
Serviteurs d’Allâh, le vendredi n’est pas seulement un rendez-vous qui revient chaque semaine. C’est un passage du vacarme de la vie vers un espace consacré à l’adoration. Avant même que nos pas ne nous conduisent vers la mosquée, notre cœur est appelé à se préparer. Allâh dit :« Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la prière du vendredi, accourez au rappel d’Allâh et délaissez le commerce. Cela est meilleur pour vous, si vous saviez. »
Cet ordre d’« accourir » ne désigne pas seulement le déplacement du corps vers la mosquée. Il exprime aussi un mouvement intérieur. Nous laissons derrière nous les préoccupations de la vie, le commerce et ce qui nous occupe, pour nous rendre disponibles au rappel d’Allâh, l’écouter et lui prêter toute notre attention. Le fait de venir à la mosquée doit aussi nous conduire à retrouver le calme intérieur. Le cœur doit devenir disponible pour recevoir ce qui lui est adressé.
Mais alors, une question se pose : si le vendredi est porteur d’un si grand bien, quelles sont ces fautes discrètes qui peuvent diminuer la récompense et transformer notre présence en une simple présence physique, privée de son esprit ?
La première étape est donc d’apprendre à écouter dans le calme et le silence. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui fait ses ablutions et les accomplit convenablement, puis vient à la prière du vendredi, s’approche, écoute attentivement et garde le silence, il lui est pardonné ce qu’il y a entre ce vendredi et le vendredi suivant, avec trois jours supplémentaires. Et celui qui touche les cailloux s’est livré à un acte vain. ». Ce hadith relie clairement les gestes à leurs conséquences. Bien accomplir les ablutions, c’est préparer l’extérieur, mais aussi se disposer intérieurement à la rencontre avec Allâh. S’approcher et écouter, c’est rechercher la proximité avec la parole qui nous est adressée et orienter notre ouïe vers ce qui est juste. Garder pleinement le silence, c’est parvenir à cette tranquillité du corps et du cœur qui constitue le cœur même de la présence dans l’adoration. Enfin, éviter de jouer avec ce qui nous entoure, comme les cailloux autrefois, nous aide à rester concentrés et à ne pas nous distraire pendant la khuṭba. Et le résultat est immense : le pardon entre deux vendredis, avec trois jours supplémentaires.
Serviteurs d’Allâh, écouter, c’est porter toute son attention à ce que l’on entend. Et pour véritablement écouter, il faut aussi savoir garder le silence. La khuṭba demande donc de rester attentif, calme et de ne pas se laisser distraire par des paroles ou des gestes inutiles. Cela permet de préserver pleinement ce moment et sa récompense. C’est ici qu’apparaît un enseignement important: même si une personne parle à côté de nous, nous ne devons pas nous mettre à parler à notre tour pour lui demander de se taire. Le Prophète ﷺ a dit : « Si tu dis à ton compagnon, le jour du vendredi, alors que l’imam prononce la khuṭba : “Tais-toi et écoute”, tu as toi-même commis un acte vain. » Pourquoi cette exigence de silence, alors même que notre intention pourrait être de rappeler à l’autre de se taire ?
Parce que parler pour faire cesser une parole reste encore une parole. Cela peut prolonger le bruit et entraîner d’autres voix. Si chacun se mettait à reprendre verbalement son voisin, la voix du prêcheur finirait par se perdre dans le brouhaha des fidèles. Il y a aussi un respect dû au moment lui-même. L’écoute silencieuse est considérée comme obligatoire par la majorité des juristes cités : Mâlik, Abû Ḥanîfa et Aḥmad. Délaisser cette obligation pour donner un conseil qui peut être transmis sans parler révèle un mauvais équilibre dans les priorités.
Si donc une personne à côté de nous parle, la correction doit d’abord rester silencieuse : un léger geste de la main pour lui faire comprendre qu’il faut se taire, un signe de la tête, ou encore le doigt posé sur la bouche, signe universel qui appelle au silence. L’objectif n’est pas de multiplier les gestes, mais de préserver le calme.
Et s’il existe une nécessité réelle, la règle change à la mesure de cette nécessité. Si nous voyons un danger imminent nous commençons par un geste. Si la personne menacée ne peut comprendre autrement, alors il est permis de parler uniquement dans la mesure nécessaire pour écarter le danger, afin de préserver la personne tout en respectant autant que possible l’exigence du silence. Mais même dans ce cas, le geste ou la parole doivent rester dans les limites les plus étroites. Il ne faudrait pas que le moyen utilisé pour préserver la sérénité devienne lui-même une nouvelle distraction. Le but demeure le même : maintenir pour tous une atmosphère calme, digne de l’adoration. Enfin, il y a la présence du cœur : nous devons nous rappeler que nous sommes dans une assemblée consacrée au rappel d’Allâh, où seule une bonne conduite convient.
Serviteurs d’Allâh, Tout ce que nous venons de voir nous ramène à l’idée centrale de ce vendredi : le « rappel d’Allâh » vers lequel nous sommes appelés à accourir comprend à la fois l’écoute de la khuṭba et l’accomplissement de la prière.
La khuṭba n’est donc pas un simple moment qui précède la ṣalât. Elle est recherchée pour elle-même. Elle est, chaque semaine, une provision de connaissance et de foi pour le croyant. C’est pourquoi l’« empressement » demandé ne se limite pas à marcher avec nos pieds. Il suppose une préparation intérieure et spirituelle qui commence par la purification et par le fait de venir tôt. Celui qui arrive en retard et manque la khuṭba a manqué une part de ce rappel auquel il était appelé, et il a diminué l’honneur qu’il rend à ce rite. Allâh dit : « Et quiconque honore les rites d’Allâh, cela fait partie de la piété des cœurs. »
La préparation au vendredi commence donc dans l’esprit et dans le cœur avant de se manifester par la présence du corps. Le croyant se prépare afin de recevoir les dons et les grâces d’Allâh avec un cœur pur et disponible.
À propos de ceux qui s’assoient dans les assemblées de rappel, il est rapporté dans Ṣaḥîḥ Muslim que le Messager d’Allâh ﷺ a dit : « Ce sont les gens auprès desquels celui qui s’assoit ne sera pas malheureux. »
Nous comprenons alors mieux la sagesse du vendredi : réunir chaque semaine les musulmans, renforcer entre eux le lien de fraternité et d’affection, rappeler les origines de la création et les événements de la Résurrection liés à ce jour, et renouveler notre engagement envers Allâh par le pardon des péchés entre deux vendredis.
Le vendredi est « le meilleur jour sur lequel le soleil s’est levé ». Adam y fut créé, il y fut introduit au Paradis et il en fut sorti. Il contient une heure d’exaucement durant laquelle un serviteur qui demande quelque chose à Allâh reçoit ce qu’il demande.
La lecture du Coran et la prière sur le Prophète ﷺ y voient également leurs récompenses grandir. Ainsi, serviteurs d’Allâh, la véritable préparation au vendredi ne consiste pas seulement à être présent dans la mosquée. Elle consiste à venir avec un corps apaisé, une langue retenue, une conduite respectueuse et un cœur attentif.
Nous quittons le bruit du monde pour entrer dans le rappel d’Allâh. Nous ne venons pas seulement pour entendre des paroles, mais pour écouter, nous recueillir et recevoir.
Qu’Allâh prie sur notre maître Muḥammad, sur sa famille, et leur accorde la paix.
